Belgique : une euthanasie par jour, en moyenne
« Les bénéficiaires de soins palliatifs demandentaussi la "mort douce".
Chaque jour, un(e) Belge reçoit la "mort douce". C'est en tout cas une moyenne qu'on peut établir en partant du dernier rapport de la commission fédérale de contrôle et d'évaluation de l'euthanasie, portant sur les actes déclarés en 2004 et 2005, adressé récemment au Parlement.
Au total, pour les deux années, 742 euthanasies (349 en 2004 et 393 en 2005) ont été rapportées à l'organe chargé de surveiller la bonne application de la loi de 2002 qui dépénalise l'euthanasie sous strictes conditions. Soit 31 décès par mois ou, grosso modo, une euthanasie par jour.
Si une telle loi a vu le jour, c'est, notamment, parce qu'on avait fait le constat que les soins palliatifs, aussi efficaces soient-ils, n'empêchaient pas certains patients, atteints de souffrances physiques ou psychiques extrêmes, de réclamer qu'on mette un terme à leur calvaire.
Une enquête menée par Test Achats auprès de personnes qui ont vécu le décès d'un membre de leur famille suite à une maladie (1 250), de médecins généralistes et spécialistes (865) et d'un petit millier d'infirmier(e)s sur les actes pratiqués en fin de vie, le confirme (les résultats seront publiés dans Test Santé de février-mars 2007).
Il ressort ainsi que, quand une demande d'euthanasie est formulée, elle émane des patients eux-mêmes dans 47 pc des cas; de la famille dans 38 pc des cas; des deux dans 15 pc des cas. Les patients qui bénéficient de soins palliatifs demandent, en outre, plus souvent eux-mêmes l'euthanasie (61 pc), ajoute l'enquête.
Cancers généralisés
Attention : ces données sont à manipuler avec une prudence extrême. La loi sur l'euthanasie n'autorise en aucun cas qu'on mette fin à la vie d'un patient à la demande de ses proches - le cas échéant, l'acte serait assimilé à un assassinat. Le législateur précise que, " si telle est la volonté du patient", le médecin doit au préalable "s'entretenir de sa demande avec les proches que celui-ci désigne" (art. 3, § 2, al. 5).
Par ailleurs, les chiffres officiels de la commission d'évaluation montrent qu'en 2005, la grande majorité des demandes d'euthanasie (85 pc) ont été exprimées en néerlandais, à parts quasi égales par des hommes (52 pc) et des femmes (48 pc).
Les affections à l'origine des euthanasies (déclarées) étaient toutes, comme l'exige la loi, graves et sans issue médicale. Dans la très large majorité des cas (85 pc), il s'agit de patients atteints de cancers généralisés ou gravement mutilants dont le décès est attendu à brève échéance.
Les euthanasies pratiquées pour des affections qui n'entraînaient pas la mort à court terme sont relativement rares et concernent essentiellement des affections neuromusculaires évolutives (4 pc) avec tétraplégies ou paralysies graves multiples. C'est encore plus exceptionnel en cas de séquelles neurologiques graves consécutives à une affection pathologique ou à un accident, relève la commission.
En 2005, seules 8 euthanasies ont été pratiquées chez des patients inconscients sur base d'une déclaration anticipée.
La majorité des euthanasies sont effectuées chez des personnes d'âge moyen (24 pc dans la tranche 40-59 ans; 54 pc chez les 60-79 ans). Elles sont moins fréquentes au-delà de 80 ans (19 pc en 2005) et en deçà de 40 ans (4 pc). www.lalibre.be 20070116