Belgique : banque privée de cellules souches adultes du cordon ombilical.
« Cellules cryogénisées, rêve ou illusion?
Depuis 5 ans, Cryo-Save opère sans agréation, résultat d'un flou juridique persistant.
La seule banque privée en Belgique de conservation de cellules souches est pourtant loin de faire l'unanimité.
Il n'empêche qu'elle affiche pas moins de 40.000 clients.
Seul le réservoir extérieur d'azote liquide pourrait donner quelques indications sur les activités de Cryo-Save, société nichée dans un zoning industriel de Malines. Depuis 2000, Cryo-Save propose au public de cryoconserver des cellules souches, qu'elles proviennent du sang de cordon, qu'elles soient prélevées dans la moelle osseuse ou encore - dernière nouveauté - dans la graisse obtenue après liposuccion. «Les prélèvements ne sont pas pratiqués chez nous mais bien en milieu hospitalier et par du personnel médical. Cryo-Save emporte après les échantillons pour cryogénisation», précise d'emblée Marc Waeterschoot, directeur du labo de Cryo-Save.
C'est dans ce petit laboratoire immaculé de Malines que Cryo-Save procède à l'isolement des cellules, à leur analyse, à leur nomination et enfin à leur cryogénisation dans de l'azote liquide à - 196 degrés. Dans un petit local adjacent, des cuves informatisées renferment pas moins de 40000 échantillons, dont quelques centaines en provenance de Belgique. Un «duplicata» de ces cellules est également stocké par sécurité aux Pays-Bas. «Nous garantissons 24 ans de conservation des cellules», souligne Marc Waeterschoot. «Ces «dépôts» constituent un genre d'assurance pour l'avenir. Les cellules autologues possèdent en effet un gros potentiel en matière de thérapies cellulaires, surtout dans le cadre de maladies nerveuses dégénératives.» C'est précisément la conservation de cellules autologues qui distingue Cryo-Save des banques publiques et de leurs cellules allogènes. Mais c'est là aussi que le bât blesse. Pour la communauté scientifique, les banques privées de cellules souches flirtent avec l'illusion et entretiennent une médecine à deux vitesses (un dépôt coûte 1320 euros). «C'est vrai que les cellules de sang de cordon pourraient - mais on est encore loin du compte - être efficaces pour traiter certaines maladies mais qui risquent peu de toucher les donneurs dans leurs 20 premières années», nous explique Arsène Burny, spécialiste en biologie moléculaire des cancers. «Par ailleurs, il ne faut pas oublier les possibilités qu'ouvrent les cellules souches adultes contenues dans la moelle osseuse et qui, elles, ne nécessitent pas de conservation préalable.» En marge d'un degré d'utilité sujet à caution, Cryo-Save oeuvre pratiquement depuis ses débuts dans un no man's land juridique. Non pas que de ses cuves fumantes risquent d'émerger d'inquiétantes créatures ou que les cellules souches se prêtent à quelque lucratif trafic mais il reste qu'en 5 ans d'existence, la firme a reçu la visite d'un seul inspecteur, en 2000. Une situation que déplore le labo, qui plaide pour une réglementation et un statut qui lui permette de sortir de cette «zone grise». «Nos activités n'ont rien d'opaque. Aux Etats-Unis, il existe quelque 32 banques privées qui ont pignon sur rue. En Allemagne, en Hollande également, et elles sont réglementées. Sans une agréation des autorités belges, nous ne serons reconnus nulle part.» De son côté, le SPF Santé publique rapporte l'existence d'une demande d'agrément introduite par Cryo-Save le 10 octobre 2005 mais elle est toujours en cours d'examen «car le dossier est incomplet». Chez Cryo-Save, on souligne toutefois qu'il serait temps que la Belgique transfère la directive européenne sur les banques de tissus. «La loi belge devrait être en conformité, elle était censée être prête l'an dernier.» Au cabinet Demotte, on confirme que le ministre de la Santé présentera dans les prochaines semaines un projet de loi portant sur la qualité et la sécurité des activités avec cellules.
Comme le stipule une directive européenne, la conservation des cellules souches relève de la législation sur les banques de tissus. En Belgique, c'est une loi de 1988 qui gouverne les banques de tissus. Les banques privées ne sont toutefois pas vraiment prises en comptes. En autres différences, les banques publiques travaillent par définition avec des dons de matériaux et dès lors permettent seulement des greffes allochtones (considérées aujourd'hui comme plus performantes). Le Sénat s'est ému de cette «zone grise» dans laquelle évolue une société privée comme Cryo-Save.
La sénatrice Christine Defraigne (MR) a déposé une proposition de loi qui vise pratiquement l'impossibilité pour une banque privée d'opérer. » www.lalibre.be 20060207