Belgique : Mgr Jousten: les chrétiens doivent s'opposer à l'euthanasie
(…) À travers tout ce qui vient d'être dit, une question inquiétante, mais pertinente est présente comme un fil rouge : quelle est la signification de l'homme ? que vaut-il ? est-il objet ou sujet des décisions économiques et politiques ? Souvent, il est question des victimes de décisions prises par des instances très abstraites et très lointaines…
Oui, quelle est la valeur de l'être humain ? quel respect lui manifeste-t-on ? quel respect lui doit-on ? Lorsque mon regard passe des problématiques mondiales à la société belge de l'an 2006, je dois bien avouer mon étonnement. Alors que le monde se débat dans les questions de consommation pour les uns et de survie pour les autres, dans notre pays, d'aucuns souhaitent l'extension de la loi sur l'euthanasie.
Alors que, sur le plan mondial, de nombreux mouvements s'insurgent et protestent contre le mépris des populations pauvres et faibles, comment peut-on comprendre que, chez nous, certains parlementaires veulent encore élargir la loi sur l'euthanasie ? N'est-ce pas une réaction défaitiste et démobilisatrice ? Croit-on vraiment aider ainsi ceux qu'on estime être pauvres et leur entourage ? Pourquoi ne pas plutôt intensifier les soins palliatifs et l'accompagnement des malades ? L'essentiel n'est-t-il pas de donner plus de qualité de vie au temps qui reste à vivre plutôt que de mettre fin à une vie humaine ?
La pitié pour autrui et la peur pour soi-même (« Si jamais j'étais atteint de cette maladie… ») sont mauvaises conseillères…. En voulant réglementer par une loi de telles situations existentielles, ne risque-t-on pas de projeter sur les autres ses propres craintes ? Les fondements et les motivations d'une loi doivent être d'une autre profondeur. La liberté individuelle, le droit à la vie privée ou encore le droit à la décision personnelle ne suffisent pas pour régler la vie en société et pour garantir le bien-être général.
La question fondamentale, me semble-t-il, est de savoir si la vie, dans n'importe quel état, vaut la peine d'être vécue. Cela vaut autant pour l'évaluation de ma propre vie que de celle d'autrui.
La loi sur l'euthanasie est, à mon sens, l'expression d'un manque de foi en l'homme – sans même parler de la foi en Dieu. Certes, personne ne peut imposer à l'autre de s'accepter tel qu'il est et moins encore de souffrir. En votant de telles lois, le législateur finit pourtant par imprégner la société d'un certain esprit et par créer une certaine mentalité : une mentalité qui banalise l'effort, la résistance ou encore la patience et qui ouvre la porte à la facilité et à la satisfaction uniquement individuelle. Cette mentalité ne permet pas à ses citoyens de grandir en humanité. Comment donner de l'enthousiasme, de l'espoir à des jeunes et à des moins jeunes lorsque les responsables socio-politiques semblent préconiser d'autres valeurs ? Je ne peux passer sous silence, dans ce contexte, le nombre impressionnant de jeunes suicidaires. N'est-ce pas souvent la question du sens de l'existence qui les as tourmentés ?
Il est tard, mais j'espère qu'il n'est pas trop tard pour aller à contre-courant. J'ose croire que les responsables politiques auront le courage de ne pas miner davantage les fondements humanistes de notre société. L'humanisation de l'humanité ne se fait pas à n'importe quel prix ! » Mgr Aloys JOUSTEN, Evêque de Liège, dans son éditorial du mois de février 2006.