Quand les bébés grandiront et naîtront dans des couveuses . Maternités artificielles : rêve ou cauchemar ?

Publié le par brochier

« Et si, demain, les bébés se fabriquaient dans des couveuses, hors du ventre maternel ? Henri Atlan, 74 ans, biologiste et philosophe, analyse, dans UA, utérus artificiel, ce futur probable qui fait débat.

 

Henri Atlan, biologiste et philosophe, se partage, aujourd'hui, entre Paris et Jérusalem. Pendant dix-sept ans, il a appartenu au Comité national d'éthique.

Autrefois, on leur racontait, aux bambins trop curieux, que les enfants naissaient dans les choux. Et si, demain, il fallait leur raconter qu'ils sont bel et bien venus au monde dans un incubateur, un ventre artificiel ? Ce n'est pas de la science-fiction. L'utérus artificiel fait l'objet de très sérieuses recherches. Aux États-Unis, Helen Hung Ching Liu et son équipe de l'université de Cornell en ont réalisé une première ébauche. Un embryon produit par fécondation in vitro y a été implanté et s'y est développé six jours durant. L'expérience fut stoppée là. Elle se poursuit avec des embryons de souris.

Dans 50 ou 100 ans

Des colloques scientifiques débattent de la fin de la maternité naturelle et de cette « ectogenèse » (1), terme scientifique désignant la gestation d'un enfant hors du corps maternel. D'ores et déjà, la médecine fabrique des embryons humains - les bébés-éprouvettes - et elle sait les conserver pendant cinq jours, avant implantation. Elle sait également sauver un bébé prématuré à partir de la 24e semaine de grossesse. Il reste donc à combler un écart de six mois pour que des incubateurs suppléent totalement le ventre féminin.

« Il ne s'agit, en forçant le trait, écrit Henri Atlan, que d'un problème de tuyauterie très compliqué. » Avec création d'un placenta et d'un liquide amniotique artificiels. Reproduction des échanges nutritifs qui passent par le sang maternel, filtration, oxygénation, poumon artificiel, contrôle de température et de lumière, protection contre virus et bactéries... À quand la livraison de l'appareil ? Dans dix ans, prédisent certains chercheurs. Dans 50 ou 100 ans, dit Atlan.

Le biologiste décrit le processus probable qui pousserait l'humanité à adopter cet utérus artificiel. À l'image de la fécondation in vitro, il s'agirait d'abord de résoudre les problèmes de stérilité des couples. Puis on dériverait vers une médecine de confort et la satisfaction d'un désir d'enfant. « Un enfant si je veux, quand je veux et comme je veux. » » 

OUEST-France 14 février 2006 - Source: CPDH

(1)   Aldous Huxley fait jouer un rôle central à l'ectogenèse dans son Meilleur des mondes, publié en 1932

Quality of Life - Bruxelles – Avril 2006

 

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