Rome « Il faut parvenir à une interdiction mondiale de la conservation par congélation »

Publié le par brochier

Quelles conclusions tirez-vous du colloque que vous avez organisé ?

 

Mgr Elio Sgreccia * - Les résultats présentés et les recherches en cours plaident clairement en faveur du développement des recherches sur les cellules souches présentes dans les organismes adultes et dans le sang du cordon ombilical. Identifier ces cellules, les cultiver et les multiplier avant de les réinjecter commence à être possible. On peut d'ores et déjà étudier la stimulation de ces cellules au sein même de l'organisme humain, sans les prélever. Pour notre part, nous avons choisi de soutenir de la manière la plus efficace possible le développement de tous ces travaux, d'encourager la recherche au service de la vie.

 

Peut-on dire que la science vient ici au service de vos convictions ?

 

De fait, la découverte de l'existence, dans chacun de nos organismes ou dans le sang du cordon ombilical, de cellules dotées de telles potentialités thérapeutiques est, à nos yeux, un véritable miracle.

 

Existe-t-il une opposition, à la fois frontale et définitive de la hiérarchie de l'Eglise catholique, à la possible utilisation de cellules souches embryonnaires humaines à des fins thérapeutiques ?

 

Oui. Il existe aujourd'hui une opposition "frontale et définitive" à des recherches scientifiques visant à travailler sur des cellules souches qui ne peuvent être obtenues qu'après la destruction d'un embryon humain. Nous nous devons de défendre celui-ci, cet embryon doté de toutes les potentialités de la vie humaine. Nous ne pouvons adopter d'autres démarches.

Il y a quelques jours, vous avez condamné les travaux d'une équipe américaine annonçant qu'elle était parvenue à produire des cellules souches embryonnaires humaines sans pour autant détruire des embryons (Le Monde des 25 et 30 août). Pourquoi ?

 

Pour deux raisons. La première est que ces chercheurs ont en réalité détruit les embryons sur lesquels ils avaient mené leurs travaux. Ceux-ci mériteraient d'ailleurs d'être éclaircis. Ensuite, parce que nous avons des raisons de croire que la cellule prélevée sur un embryon de huit cellules est totipotente.

En d'autres termes, elle pourrait, en se développant, donner un embryon puis un enfant. Nous ne pouvons donc l'accepter. Et de plus, sur le fond, tout cela se pratique dans le contexte de la procréation artificielle que nous contestons.

 

Vous préférez donc que les dizaines de milliers d'embryons congelés qui ne s'inscrivent plus dans un projet parental soient détruits plutôt qu'utilisés à des fins médicales et scientifiques ?

 

La congélation est, en elle-même, une offense à la dignité. Quelle que soit la solution adoptée, elle sera mauvaise. Nous devons parvenir à une prohibition mondiale de la conservation par congélation avant de réfléchir au devenir des embryons actuellement congelés.  Si tel n'était pas le cas, ce serait un encouragement donné à la pratique de la congélation des embryons humains.

Pour ce qui est de l'adoption comme alternative à la procréation artificielle, nous pensons que le désir d'un enfant génétiquement issu d'un couple n'est pas un désir absolu et, plus généralement, qu'il n'est pas possible de donner satisfaction à tous les désirs du monde. Il n'y a pas un droit à "avoir un enfant", dans la mesure où un enfant n'est pas un objet mais bien un sujet, un don. »

20 septembre 2006 (Le Monde – Propos recueillis par Jean-Yves Nau)

* Mgr Elio Sgreccia, spécialiste de bioéthique et président de l'Académie pontificale pour la vie

Quality of Life - Bruxelles – Octobre 2006

 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article