France : rappel : la pilule contraceptive est abortive :6e congrès orthodoxe de bioéthique
Organisé par l'association orthodoxe d'études bioéthiques (AOEBE), le 6e congrès orthodoxe de bioéthique s'est tenu, le 23 octobre dernier à l'Institut de théologie orthodoxe de Paris (Institut Saint-Serge), sur le thème "Conception et contraception". L'importance pastorale de ce sujet a fait que l'assistance comportait beaucoup de prêtres et d'étudiants en théologie.
Dans sa communication introductive, le père Jean BRECK, professeur à l'Institut Saint-Serge, auteur de nombreuses études sur les problèmes de bioéthique, a rappelé que, parmi les multiples réflexions soulevées par la conception et la contraception, la plus importante porte sur la différence réelle entre une contraception préventive et une contraception abortive, car les moyens "contraceptifs" les plus connus sont en réalité "abortifs". Cela soulève une nouvelle fois le questionnement sur le début de la vie humaine et, si elle commence réellement à la fécondation, comme l'affirment la plupart des Pères orientaux, tout procédé qui détruirait l'embryon même avant l'implantation, serait moralement inacceptable. Il a conclu ses propos en soulignant que l'essentiel est de rester fidèle à la demande liturgique "de nous offrir nous-mêmes, les uns les autres et toute notre vie" ? c'est-à-dire, a-t-il précisé, "de la conception à la mort ? au Christ notre Dieu".
Le père Pierre ARGOUET, docteur en médecine, prêtre de la paroisse Saint-Serge de Caen-Colombelles (Calvados), parla des aspects spirituels du sujet retenu pour cette journée, montrant à partir d'exemples bibliques que le rôle divin dans la conception justifie l'importance de la prière dans les situations de stérilité. Si la sexualité est l'intimité libre de chaque couple, dans un amour total à l'image de l'amour divin, n'incluant pas systématiquement la conception, mais ne l'excluant pas non plus, la stérilité implique leur dépendance non seulement sur le plan médical, mais aussi spirituel. Si la correction d'une stérilité n'entraîne pas de cas de conscience, à l'opposé, les procédés d'aide médicale à la procréation peuvent en poser s'ils ne respectent pas la "personne" humaine, et en particulier celle de l'embryon, qu'on ne peut créer par la volonté et à l'image de l'homme. La contraception doit être vécue par le couple comme un lien dans l'attention et le respect. Si elle exclut toute méthode contragestive, donc abortive, elle n'a pas comme but la recherche du plaisir de l'un par le moyen de l'autre. Elle implique aussi qu'une conception inopinée reste possible et qu'elle devra être assumée dans l'amour, a-t-il ajouté.
Andréa IONESCU, théologienne roumaine, diplômée de l'Institut Saint-Serge, où elle a présenté un mémoire de maîtrise sur les problèmes de conception et de contraception dans une perspective orthodoxe, a rappelé le lien entre le statut de l'embryon et les choix de contraception "préventive" ou "abortive".(…)
Le docteur Dominique BEAUFILS, secrétaire de l'AOEBE, fit une synthèse des travaux de la journée, en insistant sur quelques points particuliers. En premier lieu, a-t-il dit, il ne faut pas oublier que la pensée éthique orthodoxe ne donne pas de lois générales, mais qu'elle cherche à aider au cas par cas des êtres en souffrance. En second lieu, toute la réflexion sur la conception et la contraception repose sur la définition du statut de l'embryon : soit il s'agit d'un être humain, et alors c'est un enfant de Dieu qui doit être traité comme tel et avec tout le respect qui lui est dû ; soit il n'est pas humain, et alors c'est un matériel de laboratoire, sur lequel tout est permis. "Aucune pensée chrétienne ne peut admettre que le projet parental usurpe la place de Dieu et détermine ce caractère humain", a-t-il affirmé. Autre piste de lecture nécessaire, a-t-il poursuivi, la théologie du mariage, vécu comme l'union d'un homme et d'une femme dans le corps du Christ, et où le mariage a comme but les époux eux-mêmes, l'enfant étant une bénédiction supplémentaire, comme le disent les prières de l'office du mariage dans l'Église orthodoxe. Dans cette optique, la sexualité n'est pas le péché, mais l'incarnation d'un amour total, et bénie par Dieu. Aussi une procréation médicalement assistée ne peut-elle intervenir que dans le respect de la personne humaine qu'est l'enfant, donc sans embryon surnuméraire, estime-t-il, et dans le respect du couple, donc sans donneur. Quant à la contraception, a-t- il ajouté, elle n'est envisageable que de manière purement préventive, sans contragestion, c'est-à-dire sans avortement. 200412