Belgique : Mgr Danneels relance les débats
Son homélie de Noël, qui exprime sa désapprobation à une extension de la loi sur l'euthanasie, fait des vagues. Le CD&V approuve,
le SP.A et le VLD réprouvent.
Les propos tenus par le cardinal Danneels au cours de son homélie lors de la messe de Noël font des vagues. Le primat de Belgique y laissait clairement entendre sa désapprobation envers un élargissement de la loi sur l'euthanasie, notamment aux personnes âgées touchées par la maladie d'Alzheimer. Pour mémoire, le président de la Commission fédérale d'évaluation et de contrôle de l'euthanasie, Wim Distelmans, a à plusieurs reprises exprimé son souhait d'un élargissement du champ de la loi. Ce dernier plaide pour qu'elle soit également possible pour les personnes dont les fonctions cérébrales sont diminuées et qui en auraient fait la demande préalable.
Le VLD Patrick Vankrunkelsven a été le premier à réagir à l'intervention du cardinal, qu'il a qualifiée d' «événement médiatique réfléchi» et d' «inacceptable». Pour le sénateur libéral, c'est une manière d'intervenir dans le débat sur l'extension de la loi sur l'euthanasie à d'autres catégories de personnes, alors que la proposition de loi doit encore être débattue au Parlement. M.Vankrunkelsven a encore précisé que chaque courant religieux ou philosophique pouvait s'exprimer sur l'euthanasie mais que la manière utilisée par le cardinal était « manipulatrice». « Il prétend que des personnes peuvent décider quand quelqu'un doit mourir. C'est en dehors du cadre de la loi sur l'euthanasie et le cardinal le sait. Son discours n'est pas acceptable.»
Même son de cloche du côté du SP.A. «Le cardinal Danneels n'a-t-il pas lu les propositions de loi qui ont été déposées au Sénat?», s'interrogeait lundi Jacinta De Roeck. La sénatrice socialiste flamande rappelle que dans ces deux propositions, « il figure clairement que le patient peut demander à être euthanasié, dans une demande préalable écrite alors qu'il dispose encore de toutes ses facultés mentales, s'il est à l'avenir atteint d'une forme de démence. Le patient doit également inscrire dans cette déclaration ce qu'il ne souhaite pas».
Au CD&V, par contre, on soutient le cardinal. «Il est vrai que la volonté préalable d'être euthanasié ne devrait pas être d'application dans des cas de maladies mentales, comme la maladie d'Alzheimer», a ainsi indiqué lundi le sénateur CD&V Hugo Vandenberghe. Il réaffirme ainsi la position des chrétiens démocrates à propos d'un éventuel élargissement. «Une telle manifestation préalable de volonté ne signifie juridiquement rien si elle a été faite par des gens qui ne peuvent même pas exprimer leur souhait. D'autres ne peuvent décider si ces personnes peuvent encore rester en vie ou doivent mourir.» En référence aux reproches venus du SP.A et du VLD, Hugo Vandenberghe a également ajouté que le cardinal Danneels a le droit de s'immiscer dans le débat. «Il est libre de prendre position dans un dossier avec un tel impact social. C'est incompréhensible que certains ne puissent accepter cela.»
Lundi soir, le cardinal a tenu à faire une mise au point. «Lorsqu'il a évoqué l'euthanasie (...), il n'avait aucun projet de loi particulier en tête mais voulait simplement développer quelques thèmes sociaux. Il ne connaît pas le contenu précis du projet de loi et ne l'a pas lu, a expliqué son porte-parole Hans Geybels. Le fait que le cardinal se soit penché sur l'euthanasie doit être remis dans le contexte de l'homélie. Celle-ci évoquait les démunis, un thème qui va de soi à Noël. (...) L'homélie est une explication de l'évangile, pas un manifeste politique.» www.lalibre.be 20051227
Quality of Life - Bruxelles – Décembre 2005