Europe : des sous pour les cellules souches
Vu par lla Libre Belgique
« Feu vert implicite à la recherche sur les cellules souches issues d'embryons.
Le débat éthique fait rage à l'échelon européen: peut-on pratiquer la recherche sur les cellules souches issues de ces embryons sachant qu'elle implique leur destruction? Et n'est-ce pas là un encouragement à la création d'«embryons surnuméraires» ?
L'Allemagne pas d'accord
La question si elle se pose avec acuité semble avoir été provisoirement réglée par la Commission européenne. Elle entend bien en effet profiter de la zone de flou qui enveloppera l'Union à partir du 1er janvier prochain pour faire avancer la recherche dans ce domaine. « Un appel d'offres a été lancé et les projets seront traités au cas par cas par un groupe d'éthique qui décidera s'ils doivent bénéficier de notre soutien », confirme le commissaire européen en charge de la Recherche scientifique, Philippe Busquin. Mais qu'est-ce qui autorise l'Union à financer un type de recherches pour lesquelles les Etats membres ont échoué à réunir la majorité qualifiée lors du Conseil des ministres du 3 décembre dernier? « Le moratoire décrété par les Etats membres se termine à la fin de l'année », poursuit M. Busquin.
En face toutefois, l'opposition est un poids lourd. L'Allemagne, le plus gros contributeur au budget européen, a pris la tête de la fronde en mentionnant qu'il était hors de question de voir des fonds européens financer un type de recherche formellement interdit chez elle. L'Irlande, l'Autriche, le Portugal et l'Italie y sont également opposés. Pas question, non plus, que l'Union vienne se mêler de la définition de ce qui est éthique et ne l'est pas: le principe de subsidiarité laisse aux Etats membres le soin de le faire. Le hic pour les Teutons, c'est que lors de la session ministérielle de début décembre, sous l'impulsion d'un groupe d'Etats -dont la Belgique-, le moratoire d'interdiction n'a pas été reconduit. Ces Etats alignés sur la position de l'exécutif européen prônent une approche « libérale et proactive » de ce type de recherche génétique avec en point de mire, la résorption du retard accumulé par les chercheurs européens sur leurs collègues américains.
Un Parlement déchiré
Et ce n'est pas à Strasbourg que la sérénité a été trouvée. Au Parlement européen, en novembre, même si le vote n'était que consultatif, on s'est déchiré sur la question. Ce sont 300 parlementaires (contre 210) qui ont souhaité l'octroi de subsides européens pour la recherche sur ce type de cellules souches. Paul Lannoye n'en faisait pas partie: «
Je suis hostile à ce type de recherches, explique l'eurodéputé Vert, parce que la dérive n'est pas loin, on pourrait facilement en arriver à une situation où l'on va créer des embryons humains spécifiquement destinés à la recherche sur les cellules souches. Encore une fois, nous sommes en plein dans une logique marchande et nous entrons de plain-pied dans une sorte de «chosification» de l'embryon humain. » Reste que c'est bien la Commission qui a désormais la mainmise sur le dossier. Et si elle s'expose « à l'un ou l'autre problème dans des cas particuliers » estime le commissaire Busquin, elle bénéficiera du fait que la présidence irlandaise a décliné l'invitation à trouver une issue moins sujette à controverse... »
www.lalibre.be 20031222
Quality of Life - Bruxelles – Janvier 2004