France / Autriche : Conférence de Carême : le cardinal Schönborn plaide contre leuthanasie
« Où est le bonheur des affligés maintenant ? Un bonheur promis uniquement pour une vie à venir, cela a suscité, non pas sans raison, la suspicion de Karl Marx. Une vie bienheureuse qui n’existerait que sous la forme d’une promesse serait «l’opium du peuple», une espèce de drogue pour oublier la misère actuelle sans rien y changer. En matière de souffrances, combien de progrès ! […] Sans aucun doute la souffrance physique, si elle n’a pas été vaincue, a tout de même énormément diminué dans le monde actuel, au moins occidental. Et il y a toutes les raisons de s’en réjouir. […] C’est d’ailleurs une raison, certes non la plus fondamentale, pour s’opposer résolument à toutes les tentatives de légaliser l’euthanasie. Elle est en soi, et sous tous les aspects, moralement inacceptable. […] Le Catéchisme de l’Église catholique précise que l’acharnement thérapeutique «peut être légitimement refusé», et il ajoute : «Les soins palliatifs constituent une forme privilégiée de la charité désintéressée» (CEC 2278-79). L’Europe est constamment aux prises avec de nouvelles tentatives pour légaliser l’euthanasie, et un des motifs principaux est celui des souffrances insupportables qui justifieraient de faire mettre fin à ses jours. Or, je suis heureux de pouvoir dire ici qu’en Autriche tous les partis politiques représentés au Parlement ont exprimé et mis en œuvre un accord de principe et de pratique de ne pas s’engager sur la voie de l’euthanasie, mais de l’accompagnement des mourants dans le sens de l’«hospice-mouvement » qui vient de l’Angleterre. Je considère cet accord comme un bel exemple de ce qui mérite le nom de progrès. En effet, ici, le progrès médical est mis pleinement au service d’une vision humaine et chrétienne de l’homme et de sa destinée. «Bienheureux les affligés» : j’ose considérer cette manière d’approcher les maladies terminales et la fin de la vie terrestre comme une voie très concrète de mettre en pratique cette béatitude. Il serait grandement désirable que l’accord politique autrichien (qui est de fait un accord de société) soit suivi par la Communauté européenne, par toute l’Europe. Et j’invite tous, chrétiens et hommes de bonne volonté, à s’engager sur cette voie et à s’opposer fermement à la dérive vers l’euthanasie. L’Europe a connu et ne doit jamais oublier les conséquences d’une idéologie qui promulguait activement l’euthanasie comme un élément de sa doctrine raciale et eugénique. L’Europe qui, depuis trente ans, s’est déjà engagée à fond sur la voie de la légalisation de l’avortement au début de l’existence humaine, affaiblie par cette rupture de digue, risque de s’engouffrer dans une catastrophe semblable avec la légalisation de l’euthanasie. Cette béatitude ne se résigne pas à voir l'autre dans l'affliction. Pourquoi est-ce que j’insiste sur cet exemple ? Parce qu’il montre de façon exemplaire que le progrès dans la lutte contre la souffrance ne peut pas éliminer la mort, mais qu’il peut et doit humaniser son approche. […] » 20040313 (La Croix)