France : nouvelles révélations à propos d’euthanasies à l’hôpital de Besançon

Publié le par brochier

« Il y a tout juste deux ans, en mai 2002, on apprenait que le service de réanimation chirurgicale du CHU de Besançon était soupçonné d’avoir, à plusieurs reprises, pratiqué des euthanasies sur des patients en fin de vie. Une enquête était ouverte par le parquet. (…) Celle-ci conclut que, sur 18 patients dont la mort était apparue suspecte, 14 ont vu effectivement leur fin de vie accélérée. Les patients concernés (…) étaient tous « au-delà de toute ressource thérapeutique », indique l’expert. Certains ont fait l’objet d’euthanasies « indirectes », résultant de l’administration de substances antalgiques, d’autres d’euthanasies « directes », par injection de produits destinés à entraîner la mort. Dix malades ont ainsi reçu à titre sédatif une association [de deux produits] (…) qui peut, selon les doses et la vitesse à laquelle elles sont administrées, soit avoir un simple effet calmant, soit provoquer une dépression respiratoire aboutissant à la mort. Quatre autres malades ont reçu des injections de curare, produit qui paralyse les muscles respiratoires, ou des perfusions ou injections de chlorure de potassium, qui provoque l’arrêt immédiat du cœur. Pour les 10 premiers patients, on peut avoir un doute  sur l’intention homicide, hormis dans les cas où le dossier médical précise : « On décide de passer de X à XX doses pour que ça ne traîne pas trop ». En revanche, les quatre autres décès sont clairement consécutifs à un acte d’euthanasie. Dans tous les cas, il s’avère que l’équipe était loin d’appliquer les règles de « bonnes pratiques » recommandées en réanimation. Les décisions, non seulement n’étaient pas toujours collégiales, mais étaient parfois prises par un membre de l’équipe contre l’avis d’un autre membre.  « Dans un cas, l’infirmière avait refusé d’injecter le potassium, et c’est le médecin qui s’y est résolu. Dans un autre, elle avait remplacé le produit par de l’eau. On voit aussi que les infirmiers repassaient parfois au chevet d’un malade après le médecin pour diminuer les doses qu’il venait d’augmenter », explique le procureur. (…) Beaucoup d’éléments du dossier reposent sur les déclarations du personnel paramédical, en conflit ouvert avec le corps médical. (…) « Certes, explique [le] magistrat, ces professionnels ont hâté la mort de plusieurs malades. La façon dont ils ont opéré est en contradiction avec les recommandations de la Société française de réanimation. Et ils n’ont pas mentionné leurs actes dans le dossier médical. Mais s’il s’avère qu’ils ont agi par motif humanitaire ( !), et que, comme le souligne l’expertise, ce qu’ils ont fait se pratique dans la plupart des services de réanimation, peut-on les taxer d’empoisonnement, comme le prévoit le code pénal ? » On le voit, l’embarras de la justice est grand devant ce type d’affaire, qui sont d’ailleurs rarement portées à sa connaissance. (…) » » 10 mai (La Croix – Marianne Gomez)   ADV 20040516

Quality of Life – Bruxelles – Juin 2004

 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article