Corée : Hwang Woo-suk : l'un des plus grands imposteurs scientifiques
La commission scientifique de Séoul chargée d'étudier les travaux du professeur Hwang, a conclu que ses principaux résultats depuis plusieurs années avaient été trafiqués. Le chercheur n'a en fait réalisé aucune percée dans la technologie du clonage, si ce n'est le chien cloné, Snuppy, en août 2005.
La commission a déclaré que l'article de février 2004 paru dans la revue Science était faux : "la lignée de cellules souches que le Dr Hwang avait affirmé en 2004 avoir extraite d'un blastocyte produit par clonage n'était [en fait] pas issue d'un embryon humain obtenu par clonage".
La justice a d'ores et déjà interdit au chercheur et à une dizaine de ses collègues de se rendre à l'étranger. L'enquête devrait se concentrer sur un possible détournement de fonds publics, car près de 40 millions de dollars avaient été accordés au professeur Hwang pour ses travaux.
Adulé il y a encore quelques temps dans son pays, Hwang Woo-suk est considéré aujourd'hui comme l'un des plus grands imposteurs scientifiques de l'histoire. www.genethique.org 20060106 Le Figaro 11/01/06 - Le Monde 11/01/06 - Libération 11/01/06 - La Croix 11/01/06
Le magazine La Vie revient sur l'affaire du chercheur Coréen Hwang Woo-suk. L'éditorialiste Max Armanet explique que dans ce dossier les enjeux médiatiques et financiers sont tels que la découverte d'autres fraudes est aujourd'hui prévisible. Il reconnaît que les recherches sur les cellules souches adultes sont plus prometteuses dans une perspective thérapeutique mais beaucoup moins "excitantes !". Le mensonge de Hwang Woo-suk s'explique par la compétition sur le clonage que se livrent les laboratoires et les pays du monde entier.
En France cette affaire intervient à un moment clé du débat puisque le 22 novembre dernier, une journée d'auditions publiques avaient été organisée à l'Assemblée nationale par le député Alain Claeys où il s'était largement prononcé en faveur du clonage.
Cette supercherie devrait donc stopper ces revendications sans pour autant clore le débat car "au delà des problèmes de faisabilité demeure la question éthique fondamentale : peut-on créer un embryon humain afin de l'utiliser pour soigner un malade?".
Carine Camby, directrice de l'agence de biomédecine réagit elle aussi à cette affaire. Elle estime que les conséquences de cette affaire seront importantes au sein de la communauté scientifique, et pour les États qui "à la suite de l'annonce des résultats coréens avaient ouvert une réflexion en vue d'autoriser le clonage thérapeutique". Aujourd'hui les discussions sur la nécessité d'autoriser les recherches dans ce domaine sont stoppées. Pour elle, cet évènement ne remet pas en cause la recherche sur l'embryon. Au contraire, "il pourrait inciter des équipes à développer les recherches sur des embryons surnuméraires puisque le clonage thérapeutique se révèle plus difficile que prévu".
Elle rappelle que le décret autorisant la recherche sur l'embryon doit paraître en janvier et explique qu'il s'agit d'un système de dérogation : "Les recherches" doivent "permettre des progrès thérapeutiques" et ne peuvent être accordées que "s'il n'existe pas d'autres alternatives possibles, en utilisant par exemple des cellules souches adultes."
Quant à Jean-Claude Guillebaud, auteur en 2001 du "Principe d'humanité", et en 2003 du livre "Le goût de l'avenir", il met en garde contre les idéologies qui parasitent la science. Comme il y a eu le "tout génétique", il y a le "tout clonage"... : "Sur cette science-là [ la génétique] s'était greffée ce qu'il faut bien appeler une idéologie, avec son pathos et sa suffisance. C'est cette idéologie que l'affaire de Corée nous invite aujourd'hui à questionner fermement". www.genethique.org 20060105
Chaque article présenté dans Généthique est une synthèse des articles de bioéthique parus dans la presse et dont les sources sont indiquées dans l'encadré noir. Les opinions exprimées ne sont pas toujours cautionnées par la rédaction. La Vie (Claire Legros) 05/01/06