Belgique : 4% de mères adolescentes
« L'ONE pose plusieurs constats face au phénomène.
Les IVG augmentent et l'allaitement est moins fréquent. Mais il s'agit rarement «d'accidents».
Myriam Sommer, directrice du service de Recherche et stratégie de l'Office de la naissance et de l'enfance (ONE), pose quatre constats.
Premièrement, il n'y a pas d'augmentation massive du nombre de mères adolescentes en Belgique. Par contre, le nombre d'interruptions volontaires de grossesse (IVG) pratiquées chez les adolescentes est en augmentation. D'après les rapports de la commission d'évaluation de la loi relative à l'IVG, une grossesse sur deux se termine par un avortement.
Deuxièmement, on constate un suivi prénatal plus tardif (au-delà de 15 semaines), irrégulier et moins d'allaitement chez ces futures jeunes mères. En général, le jeune âge de la future mère n'engendre pas de risques pour la santé de l'enfant.
Ces grossesses, ensuite, sont rarement accidentelles. Elles ne sont généralement pas dues à un manque d'information sur la contraception. Ces jeunes filles connaissent les risques mais sans les mesurer réellement.
Enfin, le désir de grossesse existe, mais sans anticipation des conséquences et difficultés.
En conclusion, Myriam Sommer insiste sur trois points: le désir est présent et celui-ci est lié à l'histoire familiale de l'adolescente; il existe une vulnérabilité révélatrice des difficultés de la vie des adolescents d'aujourd'hui.
Selon une étude de l'Unicef, le nombre de mères adolescentes est de 4 pc en Belgique. Selon l'institut national des statistiques, il y a 1,9 enfant pour 1.000 adolescentes entre 10 et 17 ans pour la Région wallonne et Bruxelles-Capitale. D'après l'ONE, la moyenne annuelle est de 417 nouvelles mères adolescentes (dont 14 de moins de 15 ans). En partant de ces chiffres et de différentes interviews, des caractéristiques se dégagent.
Une partie de ces jeunes mères vivent isolées ou en maison d'accueil. L'ONE donne ses chiffres : 130 adolescentes entre 10 et 17 ans sur 1.673 vivant en Région wallonne et dans la Région de Bruxelles-capitale.
La plupart de ces mères adolescentes connaissaient des difficultés scolaires, voire un décrochage. Elles côtoyaient la violence dans leur vie. Enfin, elles manquent de confiance en elles, n'ont pas de projet et peu de soutien ou d'aide. Près de la moitié de ces jeunes mères souffrent de dépression. Elles seront souvent des mères punitives et auront des enfants turbulents avec difficultés scolaires.
Certains facteurs tels que la pauvreté, la violence, le chômage, le manque d'espoir, les comportements à risque, l'instabilité, la mauvaise estime de soi, la connotation positive de la grossesse et la précocité des relations sexuelles (ULB-PROMES : 306 jeunes filles de 15 à 17 ans sur 827 ont déjà eu une relation sexuelle active) augmentent le risque de grossesse chez les adolescentes. »
Les risques médicaux ne sont pas dus au jeune âge de la mère mais les conditions environnementales (psychologiques, sociales, économiques, éducationnelles,...) favorisent les complications lors de la grossesse ou à l'accouchement. Le suivi prénatal tardif et le non-allaitement maternel (d'après l'ONE sur les avis de naissance cumulés de 1998 à 2002: 41,3 pc de non-«mises au sein» en Région wallonne et à Bruxelles-Capitale) peuvent être des conséquences de ces conditions.
Le devenir des enfants de ces mères adolescentes dépend de plusieurs facteurs, mais leur bien-être immédiat résulte de la capacité de leur mère à être une bonne ménagère et à leur prodiguer des soins adéquats. L'aspect relationnel dépend, quant à lui, de la capacité de la mère à renoncer à une partie de ses préoccupations d'adolescentes. www.lalibre.be 20060320