Belgique : perfusion réclamée en soins palliatifs
Pour 2006, la cellule d'évaluation a chiffré les besoins supplémentaires à 20 millions d'euros.
En supprimant certains traitements curatifs inutiles, on ferait des économies, lit-on dans son rapport. Un débat loin d'être tranché.
La mort reprend doucement sa place dans la société: on convient désormais qu'au bout du chemin, il vaut mieux ajouter de la vie aux années que des années à la vie. La lutte contre la douleur et les soins de confort pour les patients condamnés à mourir à brève échéance ont trouvé leur place dans la médecine.
En 2002, une loi fixait le droit pour chacun de bénéficier de soins palliatifs -parallèle à la loi http://www.ieb-eib.org/files/doc/palliatifs%20LOI_120602.pdf dépénalisant l'euthanasie sous conditions. Dans le même temps, on instituait, au sein de l'Institut scientifique de la Santé publique, une cellule chargée d'évaluer régulièrement les besoins en matière de soins palliatifs et la qualité des réponses qui y sont apportées. Cette cellule a rendu son premier rapport, qui a été discuté en commission Santé publique de la Chambre.
«La Belgique dispose de structures palliatives convenables, mais les moyens ne suivent pas pour garantir la qualité et l'accessibilité de soins aux patients terminaux dans les différents secteurs. Il manque du personnel», résume le professeur Manu Keirse (KUL), président de la cellule d'évaluation.
Qui a chiffré les lacunes: pour 2006, il faut une augmentation de 25 pc du budget (par rapport à 2005) pour les soins palliatifs. Soit un financement de 20 millions d'euros supplémentaires, si on veut éviter que les structures de soins palliatifs en soient réduites à organiser des concours de pigeons, des soupers-boudins ou des kermesses pour nouer les deux bouts...
Doubler les équipes
Ce budget servirait essentiellement à doubler les équipes de support palliatif dans les hôpitaux (dont coût: 8,5 millions) et à réajuster l'indemnisation pour formation à la culture palliative du personnel des maisons de repos (et de soins), en faisant passer le forfait de 0,29 à 0,59 € par jour (7,5 millions). Les équipes multidisciplinaires d'accompagnement pour soins palliatifs à domicile verraient leurs effectifs croître de 2 à 2,5 ETP (équivalents temps plein) par 200.000 habitants; un minimum de 3 ETP infirmiers seraient aussi garantis par équipe pour pouvoir assurer la continuité nécessaire (1,4 million).
«Le budget actuel des soins palliatifs ne représente qu'une petite fraction, soit environ 0,4 pc du budget total des soins de santé» (environ 19 milliards, NdlR), insiste Manu Keirse.
La cellule a fait la comparaison avec les coûts «extraordinairement élevés» engendrés par l'acharnement thérapeutique. Un seul exemple: un octogénaire hospitalisé après une grave défaillance cardiaque et traité avec des soins curatifs maximum «coûte» en moyenne 52000 € au cours du dernier mois de sa vie. A comparer avec les 132600 € de subsides annuels d'un hôpital de 900 lits pour sa fonction palliative (où 486 patients terminaux passent chaque année). Si on supprimait les traitements futiles (tels que décrits ci-dessus) à 163 patients par an en Belgique (moins d'un par hôpital), on obtiendrait un montant de 8,5 millions d'euros, soit le total demandé pour renforcer les équipes de soutien palliatif dans les hôpitaux. CQFD? www.lalibre.be 20060322
Belgique : soins palliatifs : Un statut qui fait peur
Les personnes en bout de vie qui souhaitent finir leurs jours à domicile peuvent demander le statut palliatif (qui leur permet d'obtenir le forfait de soins ad hoc). Mais en pratique, on constate que les patients terminaux sont peu nombreux à faire le pas. S'ils sont disposés à utiliser l'offre de soins palliatifs, ils restent en phase de déni quant à leur mort prochaine. Pour les médecins de famille, il est presque impossible de rédiger le document -obligatoire pour ouvrir le droit au forfait- stipulant que le patient va décéder dans les 3 mois... Il arrive aussi que le généraliste ne veuille ou ne puisse pas donner de délai de fin du processus de la maladie. Suggestion de la cellule: prévoir sur le formulaire de demande d'obtention du statut palliatif la possibilité de mentionner que le patient ne réclame pas le forfait mais souhaite malgré tout obtenir les avantages complémentaires liés au statut (soins infirmiers, accompagnement par une équipe pluridisciplinaire...)
Autre problème: certains médecins de famille ne demandent pas le statut palliatif pour leurs patients parce qu'ils ne veulent pas s'engager à suivre la réunion d'équipe hebdomadaire, prévue dans le cadre du forfait mais non rémunérée. Si le généraliste doit rester impliqué dans la demande, la concertation peut, le cas échéant, se faire par téléphone, suggère le rapport. www.lalibre.be