Belgique : profitant du vide juridique, lhôpital Erasme draîne les demandes de PMA refusées ailleurs
« L'hôpital belge où le désir d'enfant est roi
C'est un «laïcard», mais il cite la Bible. A l'origine de la clinique de la fertilité de l'hôpital Erasme en Belgique, où se pressent de nombreux Français, il y a un médecin plutôt militant. Plusieurs années de pratique – illégale alors – de l'avortement ont habitué le professeur Yvon Englert à jouer les iconoclastes.
«En Belgique, la loi intervient très peu dans le domaine de la procréation médicalement assistée. Il n'y a pas de grands textes bioéthiques comme en France», explique-t-il dans son bureau, au sixième étage de cet hôpital moderne, situé à la périphérie de Bruxelles. Mais il ne faut pas en conclure qu'il y aurait un «vide juridique», selon une expression typiquement française ! Chez nous, c'est au médecin, responsable de ses actes, de juger, au cas par cas.»
Une tâche à laquelle Yvon Englert, qui a suivi une partie de ses études en France, s'est attaqué avec sang-froid. Car c'est chez lui que se rendent tous ces Français qui ne trouvent pas dans l'Hexagone une réponse à leur attente, pour des raisons médicales ou légales.
Arrivent ainsi chez lui les femmes à qui des traitements anticancéreux ne laissent plus la possibilité d'avoir des enfants sans recourir au don d'ovule (la pénurie règne en France), ou des quadragénaires précocement ménopausées. Font également appel à ses services les personnes souffrant de maladies génétiques ou virales, comme le sida, et qui veulent pouvoir réaliser un diagnostic préimplantatoire, afin de ne pas transmettre la maladie à leur enfant. L'hôpital Erasme voit également défiler tous ceux que le cadre légal français a écartés de l'accès aux techniques de procéation médicalement assistées, notamment les femmes célibataires ou les couples d'homosexuelles. A ces demandes aussi Yvon Englert répond depuis longtemps.
Il a plus de vingt ans déjà que le service de gynécologie-obstétrique de cet hôpital belge accueille des couples de lesbiennes souhaitant bénéficier d'un don de sperme. «Elles sont venues me voir, me parler de leur projet, de leurs attentes, et je trouvais que les arguments opposés s'effondraient les uns après les autres», raconte Yvon Englert.
Le «droit» pour un enfant d'avoir «un père et une mère» ? «Mais s'il fallait que les familles soient parfaites, personne ne pourrait avoir d'enfant !», assène Yvon Englert. Pour ce médecin, qui dit vouloir se placer avant tout du point de vue de l'enfant, il est en effet difficile de mettre en avant ce «droit» de l'enfant, dans une société où les familles se séparent et où une multitude de pères ne se sont jamais souciés de leurs progénitures.
Depuis des années, ce pionnier de la médecine de la reproduction s'interroge sur la puissance de ce désir d'enfant qui pousse des milliers de personnes à traverser l'Europe – et parfois plus – pour une consultation. La clinique bruxelloise a bien fixé quelques critères de sélection. Mais «le propre de la médecine est de ne pas être réductible à des normes administratives», indique le chef de service. D'où des examens au cas par cas. A chaque fois, l'équipe d'Yvon Englert (des médecins mais aussi des psychologues) se réunit, puis c'est lui, seul, qui décide. «Il ne faut pas diluer les responsabilités», affirme-t-il. Sa ligne de conduite ? Le médecin ne veut pas «être le censeur du monde» (ce qu'il n'est visiblement pas), mais il veut «pouvoir se regarder dans la glace».
Yvon Englert assure savoir tenir tête, si nécessaire, à ceux, à bout d'arguments, qui lui lancent : «Si vous ne le faites pas, d'autres le feront... Nous irons en Italie !» Son service a imposé des quotas, faute de quoi il ne traiterait plus que les demandes de couples homosexuels.
Si les requêtes de femmes célibataires sont étudiées avec minutie, celles des couples homosexuels masculins sont, elles, écartées. L'hôpital Erasme ne réalise aucun programme impliquant des mères porteuses. «Avoir recours à une mère porteuse, ce n'est pas de la procréation médicalement assistée», indique Yvon Englert en citant... l'Ancien Testament, dans lequel Sarah, inféconde, compte sur Hagar, sa servante, pour avoir des enfants d'Abraham. «Mais quand, plus tard, elle conçoit elle-même un enfant, elle chasse les fils de la servante, reprend Yvon Englert. Cette histoire souligne une difficulté humaine : le problème du recours à la mère porteuse est que, lorsque les difficultés apparaissent, il est trop tard. L'enfant est déjà là et il devient l'enjeu. » www.lefigaro 20041108