Belgique: n'y a-t-il plus d'âge pour enfanter?

Publié le par brochier

Le cas, extrême, d'une Roumaine mère à 67 ans pose évidemment question. Le fait d'avoir sa première grossesse après 40 ans est un facteur de risque obstétrical.

 

Sans aller, fort heureusement, jusqu'à l'extrême, comme en Roumanie, où une femme âgée de 67 ans vient de donner naissance à son premier enfant, les grossesses tardives, médicalement assistées ou non, sont de plus en plus fréquentes.

 

Il n'est pas rare que des femmes venues consulter pour une fécondation in vitro se voient déconseiller, voire refuser, cette demande notamment en raison de leur âge, comme nous l'explique le Pr Annick Delvigne, responsable du Centre de procréation médicalement assistée du CHU Saint-Pierre.

 

A partir de quand une grossesse est-elle considérée comme tardive, en termes de fertilité?

 

La fertilité commence à diminuer à partir de 35 ans. Dès 38 ans, il devient donc déjà plus compliqué d'obtenir une grossesse.

 

En ce qui concerne la procréation médicalement assistée (PMA), on voit les résultats de la fécondation in vitro (FIV) s'infléchir d'année en année: les chiffres sont significativement plus bas à partir de 38 ans et catastrophiquement mauvais au-delà de 40 ans. En moyenne, les taux de grossesse en FIV sont de 25 pc et ils chutent à 10 pc dès la quarantaine.

 

Le message essentiel à faire passer est donc: ne faites pas vos bébés trop tard.

 

Cela dit, si tout va bien, que l'on est fertile, il y a tout à fait moyen d'avoir son premier enfant, en bonne santé, à 38 ans, mais si la femme est plus âgée et, en outre, un peu hypofertile, les pronostics seront nettement moins favorables.

 

Existe-t-il une limite d'âge au-delà de laquelle on n'entreprend plus une PMA?

 

Oui, en Belgique, la loi, qui régit notamment le remboursement de la FIV, est très claire à ce sujet: on ne fait plus de FIV une fois que la patiente a eu son anniversaire de 43 ans. Du moins avec ses propres ovocytes. A ce propos, il faut bien spécifier que la patiente roumaine âgée de 67 ans a bénéficié d'oeufs d'une femme jeune, et qu'il ne s'agit pas de ses propres ovocytes.

 

Si l'on décide donc de tenter une grossesse au-delà d'un certain âge en Belgique, on doit avoir recours à un don d'ovocytes, qui est autorisé suivant la décision prise par le centre concerné. Habituellement, chez nous, on accepte globalement que l'âge de la ménopause, dont la médiane se situe à 50 ans, est certainement l'âge à ne pas dépasser. Certains mettent la limite plus tôt. On pourrait être tenté d'en faire autant mais il est aussi vrai que certaines femmes nous interpellent en avançant qu'à 50 ans elles ont encore une espérance de vie de 30 ans, et donc tout le temps d'élever un enfant.

 

En Belgique, il n'y a pas de loi qui impose quoi que ce soit à ce niveau. Il s'agit plutôt d'un consensus qui fait qu'à l'heure actuelle, dans les centres belges, il n'y a pas de grossesse induite, même avec don d'ovocytes, au-delà de 50 ans. On pourrait évidemment estimer que si l'on n'est plus fertile à 43 ans, il faut suivre la même loi pour tout le monde, avec don d'ovocytes ou non.

 

Que ce soit avec ou sans PMA, quels sont les risques d'une première grossesse après 40 ans?

 

Le fait d'avoir sa première grossesse au-delà de 40 ans constitue certainement un facteur de risque obstétrical. On observe en effet davantage d'accouchements prématurés, de pré-éclampsies (maladies hypertensives), de diabète... Si, à l'âge de 43 ans, le taux de fausses couches avoisine les 50 pc, le risque de trisomie s'élève à 1 sur 16. Dans nos pays, où la médecine a bien évolué, on peut heureusement prendre en charge correctement (= ?) ces patientes. A cet âge, on peut donc très bien avoir des mères et des enfants en bonne santé, mais il s'agit de grossesses à risque, qui sont médicalisées. On a les moyens d'intervenir en soignant le diabète s'il y a lieu, en faisant des suivis échographiques plus précis par rapport aux retards de croissance pour éventuellement éviter la mort des enfants et les faire naître plus tôt lorsqu'ils sont par exemple menacés par un placenta qui ne les nourrit plus. Si l'on dispose aujourd'hui de techniques de détection et de traitement qui permettent d'avoir un enfant en bonne santé, on ne change pas les vaisseaux d'une patiente de 40 ans qui va moins bien nourrir son enfant.

 

L'amniocentèse est-elle systématiquement pratiquée chez les patientes au-delà d'un certain âge?

 

Non mais elle est quand même très fréquemment utilisée après 38 ans et donne des résultats sans équivoque. Pour détecter la trisomie 21 et la trisomie 18, il existe aussi des tests sanguins assez performants, qui donnent un risque relatif. (Et après ?)

 

Que pensez-vous de ce qui vient de se passer à Bucarest?

 

Je trouve cela profondément scandaleux. Je suis choquée. C'est inacceptable pour l'enfant à venir. Lorsque l'on utilise la PMA pour des situations un peu particulières, il y a plusieurs questions à se poser, dont la première est relative au bien-être de l'enfant. Or, si 67 ans est un âge merveilleux pour être grand-mère, ce ne l'est pas pour devenir mère.

 

Alors qu'il n'y a pas de loi en la matière en Belgique, il est clair que cela ne pourrait pas arriver. Ce n'est pas la loi qui nous empêche de faire cela mais un système de fonctionnement de société qui nous amène à agir de la sorte. Notre sécurité sociale, qui permet un certain remboursement, nous met un peu à l'abri de tout ce qui est mercantile. Or, les pays où l'on a vu ce genre d'excès sont souvent des pays où la médecine est un moyen de se faire beaucoup d'argent, comme ici, aux Etats-Unis ou encore en Italie. www.lalibre 20050119

Quality of Life- Bruxelles – Janvier 2005

 

 

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