France : la tendance est aux grossesses tardives, malgré fausses couches et infertilité.

Publié le par brochier

A 40 ans, pour être enceinte il ne suffit pas d'avoir envie

Elles ont un boulot, un nouvel homme, au moins 35 ans, plutôt 40. Et elles se sentent prêtes à pouponner. Joëlle Bellaïsch-Allart, spécialiste de la fertilité à l'hôpital de Sèvres, les voit défiler et «n'en [peut] plus que ces femmes sortent de son bureau en larmes».

Des risques en chiffres

Les femmes françaises veulent des enfants de plus en plus tard. Et elles en font. Le nombre d'accouchements après 40 ans a plus que triplé entre 1980 et 2004. Passant de 8 619 à 28 569. Cette tendance aux grossesses tardives inquiète Joëlle Bellaïsch-Allart, qui intervenait hier, lors des Journées du Collège national des gynécologues et obstétriciens français. Surtout parce qu'il est établi qu'après 40 ans, 35 % des femmes n'auront jamais d'enfant. «Le plus gros problème lorsqu'on attend 40 ans pour être mère, c'est de ne pas être enceinte. Il faut avertir les femmes.» La science n'y peut rien : la fertilité diminue avec les années. 90 % de chances d'avoir un enfant à 30 ans, 85 % à 35 ans et 65 % à 40 ans.

Règles. «Souvent les femmes ont deux illusions», renchérit Michel Tournaire, chef de service à l'hôpital Saint-Vincent-de-Paul, à Paris. «D'abord, elles croient que tant qu'elles ont leurs règles, elles ovulent.» Ensuite, qu'avec la procréation médicalement assistée, ça va marcher. «Mais la fécondation in vitro ne fait guère mieux que la nature», ajoute-t-il. Très peu d'équipes médicales acceptent d'en faire chez les plus de 40 ans, et la loi interdit la prise en charge après 43 ans. Seul recours : le don d'ovocytes, et souvent à l'étranger.

«Après 40 ans, elles viennent de plus en plus consulter avant de mettre l'enfant en route», constate Tournaire. Lui les encourage. «Ce que je ne trouve pas acceptable c'est qu'on les culpabilise, qu'on leur reproche d'avoir privilégié leur carrière et de se réveiller trop tard. Alors que c'est la société qui les pousse à ça.» Selon lui, les femmes enceintes à 40 ans ne sont plus des mères de familles nombreuses, sans contraception et mal suivies. Elles consultent plutôt pour une première grossesse, ou parce que, séparées du père de leurs premiers enfants, elles veulent un enfant avec leur nouveau conjoint. Mais aussi parce que «rien n'est fait pour aider les femmes qui travaillent», ajoute Bellaïsch-Allart.

Bémol. Alors Michel Tournaire préfère prévenir ces candidates à «la grossesse tardive» : «Vous aurez à faire face à une opinion publique et parfois médicale plutôt défavorable», mais aussi «vous serez plus fatiguée», «vous risquez plus de fausses couches spontanées au cours des trois premiers mois, le risque théorique de trisomie 21 est plus élevé mais le dépistage prénatal est fiable. Passé ces deux premières étapes, ces grossesses-là ressemblent beaucoup aux autres». Joëlle Bellaïsch-Allart trouve ces grossesses «agréables à suivre, les femmes sont bien dans leur peau», mais elle est beaucoup plus réticente. «Il y a plus d'anomalies chromosomiques, on ne peut pas le nier.» L'amniocentèse pour un dépistage prénatal, d'accord, dit-elle, «mais les interruptions volontaires de grossesse ne sont jamais faciles à vivre» et tous les médecins ne le proposent pas. «Une étude a montré que si 90 % des femmes y ont accès à Paris, elles sont seulement 62 % à en bénéficier dans le Nord.» Deuxième bémol : la mort à l'accouchement due à des hémorragies de la délivrance. «Des complications qui sont complètement liées à l'âge», explique-t-elle. Et qui sont loin d'être négligeables. «23 femmes sur 100 000 meurent à l'accouchement si elles ont entre 35 et 39 ans, 27 sur 100 000 entre 40 et 44 ans, et 35 sur 100 000 à partir de 45 ans.» La France bat des records dans ce domaine. «La mortalité des femmes à l'accouchement y est très élevée.» Un phénomène dû, selon elle, à l'augmentation de l'âge des femmes enceintes. Comme les risques d'hypertension, de diabète, de convulsion, de phlébites ou d'embolies pulmonaires... Et Michel Tournaire allonge la liste, «elles ont aussi plus souvent recours à une césarienne, surtout pour une première naissance». Malgré tout, ce médecin dit à ses patientes : «Si vous êtes enceinte, réjouissez-vous, mais adaptez la surveillance.» D'autant plus que «au-delà de 40 ans, elles ont deux fois plus de chances d'avoir spontanément des jumeaux». Leurs enfants naissent légèrement plus prématurés que les autres mais avec plutôt moins d'anomalies chromosomiques, grâce au dépistage. Aucune étude à long terme n'a été faite sur cette descendance a priori «surinvestie par des mères parfois un peu collantes». Le Figaro 20051202

Quality of Life -  Bruxelles – Décembre 2005

 

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