Allemagne : le « tiroir » à bébé : une alternative à l’avortement

Publié le par brochier

 « Les femmes allemandes qui ne peuvent pas garder leur enfant et qui n'ont pas eu la possibilité ou la volonté d'avorter ont désormais une autre alternative tolérée par la loi : l'abandon du bébé dans une "boîte à bébés" ou l'accouchement sous X. La "babyklappe" est une boîte de 30 cm sur 70 cm derrière laquelle se trouve une couveuse destinée à accueillir des nouveau-nés. Elle permet à des femmes de déposer de manière anonyme leur bébé sans mettre en danger leur santé. Car l'avortement, illégal en Allemagne même s'il est dépénalisé depuis 1995 pendant les 12 premières semaines de grossesse, reste un chemin de croix administratif pour les femmes désireuses d'interrompre une grossesse non désirée. La première "boîte à bébés" a été ouverte en avril 2000 à Hambourg, à l'initiative de l'association hambourgeoise Sternipark, qui réagissait à la découverte d'un bébé mort dans une benne à ordure en décembre 1999. Il s'agissait du cinquième cas en un an, alors qu'une cinquantaine de bébés sont retrouvés dans la rue chaque année en Allemagne. Lors du dépôt d'un bébé chez Sternipark, la mère a la possibilité de relever l'empreinte du pied ou de la main de son enfant afin de conserver une preuve de sa filiation, et une lettre en quatre langues l'invite à entrer en contact avec l'association."Nous attendons que les mères nous rappellent", explique Franziska Klotz, l'attachée de presse de Sternipark, ajoutant: "ces femmes sont en situation de crise. Elles n'ont souvent aucun contact, aucune aide, aucune connaissance de leurs droits. Nous sommes là pour leur donner un temps de réflexion et une chance de réorientation". L'abandon d'un bébé est puni par la loi allemande, mais seulement s'il est laissé sans assistance. A Hambourg, lorsqu'un bébé est déposé dans une "boîte à bébés", il est immédiatement emmené à l'hôpital où il reste en observation pendant environ 24 heures. Les "boîtes à bébés" se présentent donc comme une solution légale pour les femmes qui ne peuvent pas garder leur enfant. La plupart des bébés déposés à Hambourg en 2000 ont été mis au monde sans assistance médicale, et SterniPark a décidé de s'orienter vers l'accouchement anonyme, interdit en Allemagne mais considéré par la majorité des associations comme une bien meilleure solution. "Lorsque les femmes nous appellent pour accoucher sous X, nous pouvons les aider, les conseiller et leur redonner confiance avant, pendant et après la naissance", explique Mme Kloltz. Depuis le début de l'expérience en décembre 2000, environ 120 femmes ont été accompagnées par SterniPark vers un accouchement anonyme. Avec succès : "environ 60% de ces femmes ont finalement décidé de récupérer leur enfant, 20% ont décidé de révéler leur identité, et seulement 20% sont restées anonymes", reprend Mme Klotz. Et de rappeler que pour les bébés abandonnés dans les "boîtes à bébés", aucune mère ne s'est plus manifestée. L'initiative des "boîtes à bébés", généralement saluée par les pouvoirs publics et les Eglises, s'est largement propagée. L'Allemagne en compte aujourd'hui environ 65, principalement animées par le SKF (Service social des femmes catholiques) et les associations caritatives chrétiennes Caritas et Diakonie. L'étendue du phénomène de l'accouchement anonyme est en revanche méconnue : "il est très difficile d'obtenir des chiffres sur ces accouchements anonymes, puisqu'ils ne sont pas légaux en Allemagne", rappelle Ursula Kuenning, coordinatrice du projet "Babyklappe" à Berlin. Le phénomène est inégalement approuvé en Allemagne: "alors que tous les hôpitaux de Hambourg acceptent de procéder à des accouchements anonymes, seulement moins de la moitié l'acceptent dans le Bade-Wurtemberg" (sud-ouest), observe Mme Klotz. » 15 février (AFP)

Quality of Life -  Bruxelles – Février 2004

 

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