Pourquoi cet intérêt pour les cellules embryonnaires ?

Publié le par brochier

Entretien avec l'évêque australien Mgr Anthony

Zenit : Quel poids a le facteur économique dans le débat sur les cellules souches ?

 

Mgr Fisher : Je crois que l'économie est à la fois décisive et étonnamment sans importance dans ce débat. Je m'explique. D'un côté il est certain que derrière la volonté de nombreux scientifiques et de ceux qui les soutiennent (université, entreprises pharmaceutiques, fondations, gouvernements, etc.) il y a un pragmatisme cru: tu obtiens des résultats - surtout des thérapies populaires - et en échange tu auras la gloire et le profit.

Il est évident que cela s'associe à une conviction authentique d'apporter une aide aux autres, chez certaines de ces personnes. Mais que leur motivation soit altruiste ou plutôt égoïste, ou les deux à la fois, ce que ces promoteurs de la recherche sur les cellules souches embryonnaires ont en commun, c'est une volonté commune et pragmatique de satisfaire certaines personnes en les aidant à atteindre l'objectif de leurs recherches. Ce faisant ils laissent tomber la dimension éthique du "primum non nocere" et engagent la science de la recherche dans une nouvelle voie très dangereuse. Et beaucoup de gouvernements, terrifiés à l'idée que des économies rivales puissent prendre l'avantage, ont autorisé des pratiques qu'ils savent éthiquement dangereuses ou au moins douteuses. En attendant, les efforts, même pour parvenir à une interdiction universelle du clonage sont bloqués. D'un autre côté, il semblerait que le meilleur pari soit du côté de la recherche sur les cellules souches adultes, et pourtant il y a des scientifiques (ainsi que ceux qui les soutiennent au niveau commercial, universitaire ou gouvernemental) qui investissent toute leur énergie dans la recherche sur les cellules souches embryonnaires. Tout cela est parfaitement irrationnel. Les résultats avec les "cellules adultes" sont tellement plus prometteurs et bien plus susceptibles de donner des satisfactions immédiates en termes de thérapies et de bénéfices financiers. Alors, que se passe-t-il ? Je crois que des facteurs comme l'idéologie, la fascination de manipuler la vie humaine en train de naître, l'attrait de la gloire (articles dans "Sciences", Prix Nobel, etc.), une culpabilité permanente concernant les banques d'embryons congelés… ont plus de poids dans certaines de ces décisions que le vieux motif du profit. (…)

Zenit : Beaucoup des arguments de l'Eglise concernant les questions de bioéthique ont des fondements théologiques et philosophiques qui ne sont plus acceptés par la société moderne. Comment l'Eglise peut-elle convaincre un monde de moins en moins croyant de la validité de ses arguments ?

 

Mgr Fisher : C'est peut-être audacieux, mais dans la mesure où nos fondements théologiques et philosophiques sont vrais, nous devons essayer les faire partager par les autres. Nous ne devons pas démissionner sous prétexte que nous avons des points de départ différents et qu'ils sont inconciliables avec ceux des autres. Nous devons travailler pour essayer de les concilier en corrigeant toute fausse présupposition de notre part et en essayant de convaincre les autres d'adopter de leur côté de vraies prémisses.

Je crois que nous avons plus de choses en commun que ce que nous croyons souvent. Qu'il s'agisse d'une loi naturelle persistante ou d'un héritage culturel judéo-chrétien sous-estimé, nous avons encore de nombreux points de départ en commun avec beaucoup de personnes vivant dans les sociétés modernes. Nous devons les identifier et construire sur ces points.

La troisième chose que je voudrais mentionner, est que nous devrions nous rendre compte que la division des cultures sur ces questions n'est pas seulement entre "l'Eglise" et "le monde". Ce sont des questions qui divisent autant l'Eglise que les autres. Nous avons souvent des alliés en dehors de l'Eglise dans ce domaine et des rivaux au sein même de l'Eglise.

Zenit : Sur le plan de la bioéthique, l'Australie est comme un merveilleux "laboratoire". L'Australie nous permet en effet de voir comment se déroule un débat sur des questions de bioéthique dans un pays qui ne possède pas de racines chrétiennes solides. Qu'est-ce que vous en pensez ?

 

Mgr Fisher : Il est vrai que certains scientifiques et leurs promoteurs ont la vie plus facile en Australie, moins de bâtons dans les roues venant de tabous éthiques ou culturels, que dans certaines cultures profondément chrétiennes. Il est dommage qu'il y ait si peu de vrai défi au pragmatisme, aux idéologies les plus fortes et aux intérêts, dans la biotechnologie australienne aujourd'hui. S'il y avait un défi de ce genre - au lieu du laissez-faire et de l'encouragement aux pratiques non éthiques, même de la part des autorités soi-disant conservatrices - je crois que le laboratoire australien serait moins content de soi et moins paresseux, plus créatif, et obtiendrait des résultats aussi bons sinon meilleurs dans un cadre éthique. Mais en ce moment, la volonté d'essayer le chemin éthique n'est pas très grande. Les autres pays devraient éviter de répéter le mauvais exemple de l'Australie dans ce domaine. www.zenit.org 20040305

Quality of Life -  Bruxelles – Avril 2004

 

Publicité
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article