Japon : 457 embryons « construits » pour 2 souris adultes : les enjeux de la découverte.

Publié le par brochier

Parthénogenèse ou non ? plus besoin des « mâles » ?(…)

 

Comme dans le cas de la création de la brebis Dolly, les biologistes ont dû faire de nombreuses tentatives pour parvenir à obtenir des naissances vivantes. A partir de 457 embryons "reconstruits", ils ont observé que 417 d'entre eux se développaient jusqu'au stade blastocyste. Parmi eux, 371 ont pu être transférés dans 26 souris, dont 24 ont démarré une gestation. Au total, 28 souriceaux sont nés parmi lesquels seuls 8 étaient vivants. Deux souris sont parvenues à l'âge adulte et ont pu se reproduire.

 

"Tomohiro Kono et ses collaborateurs ont réalisé un travail impressionnant, qui constitue une avancée majeure. L'obtention d'individus vivants montre qu'il est aujourd'hui possible, même si les mécanismes moléculaires ne sont pas encore compris, de contraindre les processus de maturation et d'activation ovocytaires pour influencer les processus auto-organisés et complexes du développement embryonnaire", explique le professeur Jean-Pierre Ozil (Institut national de la recherche agronomique, INRA). "Selon moi, l'enjeu de ces recherches est avant tout de comprendre les mécanismes de remodelage - dits épigénétiques - des génomes et non de mettre au point de nouvelles méthodes de reproduction lourdes, tristes et sans intérêt", poursuit-il.

 

PROPRIÉTÉS "FANTASTIQUES"

 

Pour le professeur Ozil, cette première révèle aussi, comme dans le cas du clonage, les propriétés biologiques "fantastiques" des ovocytes, ces cellules sexuelles ayant la capacité de reprogrammer l'expression des génomes. "Nous avons affaire ici à de la très belle science fondamentale, estime pour sa part le professeur Marc Peschanski, directeur de l'unité 421 de l'Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Le décryptage systématique des phénomènes les plus précoces du développement de l'embryon vient de faire un grand pas, car il est rare de parvenir à passer totalement au travers d'un mécanisme fonctionnel essentiel à la vie."

 

Marc Peschanski se déclare, d'autre part, frappé par la simplicité du mécanisme moléculaire en cause. Une des questions essentielles, selon lui, est de savoir pourquoi une barrière à la parthénogenèse s'est installée au cours de l'évolution. Pourquoi cette barrière est-elle présente chez les mammifères alors qu'elle n'avait pas été nécessaire avant eux.

 

"Nous avons, jusqu'à présent, développé de multiples arguments scientifiques et philosophiques - parfaitement raisonnables - montrant l'intérêt de la reproduction sexuée, ajoute M. Peschanski. Il a fallu que les chercheurs japonais prennent presque le parti inverse pour aboutir à un résultat scientifique majeur. Je dis "presque" parce qu'ils n'ont, nulle part, prétendu ni même suggéré qu'il pourrait y avoir le moindre intérêt, autre que scientifique, à réaliser une parthénogenèse."

 

"LEÇON ESSENTIELLE"

 

Mais s'agit-il d'une parthénogenèse, terme qu'utilisent les chercheurs japonais en faisant référence à l'absence de recours à un matériel génétique d'origine mâle ? "Il n'y a certes pas eu de fécondation d'un ovocyte par un spermatozoïde mais, en l'espèce, les deux souris créées à Tokyo ne sont pas uniparentales, observe le professeur Ozil. Elles ont deux mères génétiques. L'une a donné l'ovocyte receveur avec son matériel génétique, l'autre, un génome modifié artificiellement. La reproduction parthénogénétique à l'instar de celle réalisée naturellement chez la dinde, par exemple, n'est pas encore véritablement acquise chez les mammifères."

 

Comme ses deux confrères, le professeur Axel Kahn, directeur de l'Institut Cochin à Paris, juge ce travail "important" autant que "passionnant". "Une leçon essentielle peut en être tirée, commente-t-il. Contrairement à ce que l'on pensait jusqu'à présent, nous ne sommes pas si loin que cela de pouvoir conduire une parthénogenèse complète chez les mammifères. J'avais, pour ma part, avancé que les embryons parthénogéniques, que l'on croyait incapables de se développer, n'étaient pas de véritables embryons. Cela mérite d'être reconsidéré."

 

Pour le directeur de l'Institut Cochin, ces résultats sont également importants d'un point de vue fantasmatique. Ils semblent démontrer que la parthénogenèse pourrait suivre l'exemple de la technique du clonage, passée des végétaux aux mammifères. Et, d'ores et déjà, la question scientifique autant qu'éthique est soulevée au sujet de la future application de cette méthode à d'autres espèces de mammifères, au premier rang desquels les primates, dont les patrimoines génétiques sont les plus proches de celui de l'espèce humaine. Jean-Yves Nau Le Monde  23.04.04

Quality of Life – Bruxelles – Mai 2004

 

 

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Publié dans Recherche

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