Edito : A toi, mon médecin : pourquoi je ne te demande pas de meuthanasier.
C’est qu’enfin j’ai compris que, te demander de mettre fin à ma vie, te fait mourir toi aussi un petit peu. Toi qui donnes toute ta vie pour soigner et guérir, je te demanderais de poser un geste qui te fait renier toute ta vocation ?
Je sais aussi que j’ai le devoir de vivre, car j’ai encore, même sur mon lit d’hôpital, cet insatiable besoin d’aimer et d’être aimée. Le moment de ma mort est un des plus importants moments de ma vie : ma famille, mes amis sont là et je goûte leur attention. Leur regard, malgré ma faiblesse et mon corps délabré, me donne ma dignité, et ce, jusqu’au bout du chemin. Sais-tu que les échanges que nous avons sont les plus vrais de mon existence, de la leur aussi ? Ils réajustent leurs priorités dans leur propre vie, ils peuvent se donner dans la tendresse et en vérité. Et sais-tu qu’ils me remercient de ne pas te demander l’euthanasie ?
Certains intellectuels publient des forums et de grands articles dans la presse : par leur « lobbying », ils essaient de me persuader que c’est normal de demander l’euthanasie. C’est permis, d’accord, dans certaines conditions. Mais est-ce pour cela que cela devrait devenir la norme et la référence? Ils essaient de me dire que chacun doit pouvoir décider, au nom de l’autonomie de sa personne, du moment de sa mort. Mais que font-ils de l’impact de ma demande sur le corps médical, sur mes proches, sur mes moins-proches ? Ma demande engagerait la liberté de tous, et peut les priver de leur liberté.
Je ne veux pas louper le moment de ma mort, ces moments ultimes de tendresse. je sais que médicalement, tu as tous les moyens, toi mon médecin, pour que je ne souffre pas et que je puisse mourir « vivante ». J’ai confiance en toi, en ton équipe.
Alors pourquoi demander la mort ?
Tout simplement parce que c’est « à la mode » de penser comme cela? Au diable l’intolérance de la mode ! J’accepte d’être faible et dépendante pour te laisser « être médecin » et non assassin.