Québec : les soins palliatifs ont la vie dure !

Publié le par brochier

Dans ce pays, les patients doivent se partager seulement 350 lits, et on vient encore d'en fermer une douzaine.

 Dans sa Politique en soins palliatifs de fin de vie, le ministère de la Santé et des Services sociaux est clair: le patient a le droit de choisir le lieu où il souhaite mourir. En pratique toutefois, ses décisions administratives sont loin d'être cohérentes, juge le Réseau de soins palliatifs du Québec qui a dénoncé avec vigueur hier la dernière «aberration» en lice: soit la fermeture prochaine des lits de soins palliatifs de l'Hôpital Notre-Dame de la Merci qui dessert le nord de l'île de Montréal.

 Le président du réseau, le Dr Louis Roy appréhende déjà le pire. À l'heure où l'on dénonce la mort de personnes agonisantes dans les urgences -- notamment celles de l'Hôtel-Dieu, de Lakeshore et de Gatineau -- ces compressions s'annoncent très douloureuses. «Quand on ferme douze lits, il faut se rappeler que c'est une proportion importante de nos ressources. Notre crainte, c'est de voir le nombre de personnes mourir à l'hôpital et dans les urgences augmenter encore davantage avec ces fermetures.»

 Selon le réseau, il y a là une tendance réelle. «À Montréal par exemple, McGill a choisi de réduire son nombre de lits en soins palliatifs, pas parce que les lits étaient vides -- ils étaient toujours pleins -- mais pour économiser. C'est une décision, qui, avec celle de l'Hôpital Notre-Dame de la Merci, vient confirmer une tendance administrative inquiétante», explique celui qui est aussi médecin à l'Hôtel-Dieu du Centre hospitalier universitaire de Québec.

 Pour sa part, la décision du Centre de santé et de services sociaux de fermer les lits de l'Hôpital Notre-Dame de la Merci est basée sur la volonté de transférer ce budget vers les soins palliatifs à domicile. Une décision qui déconcerte le Dr Roy. «Que la direction dise que c'est pour mettre de l'argent dans les soins à domicile ne change rien, c'est déshabiller l'un pour habiller l'autre.»

 Et pour cause. Au total, le Québec ne compte qu'environ 350 lits de soins palliatifs alors que 17 000 personnes meurent chaque année des suites d'un cancer pendant qu'un nombre équivalent de Québécois succombent de maladies qui nécessiteraient aussi de tels soins. Le calcul est simple, la province manque cruellement de lits qu'un coup de barre en faveur des soins à domicile ne suffira certainement pas à compenser à lui seul.

 À ce mal, une seule solution : accroître les rares places en unités de soins palliatifs, tout en investissant généreusement dans le développement des services de soins palliatifs à domicile. La politique du Ministère de la Santé va dans ce sens. Selon elle, les soins palliatifs sont si essentiels qu'ils doivent être offerts dans tous les hôpitaux et tous les centres de soins de longue durée, et ce, sans négliger son parent pauvre, le soin à domicile qui stagne à 9 % depuis plusieurs années.

 Ce virage en faveur des soins à domicile n'est pas une panacée, croit le Dr Roy. «Les soins à domicile vont permettre aux patients de rester moins longtemps à l'hôpital. Mais quand on arrive dans les deux dernières semaines de vie, c'est très, très intense. C'est là que les lits en soins palliatifs deviennent indispensables pour permettre à la famille de retrouver son rôle et de se préparer au deuil.»

 Cela dit, même si on doublait demain matin le pourcentage de gens qui bénéficieront de soins palliatifs à domicile, 65 % des patients en agonie devront encore terminer leurs jours à l'hôpital dans des unités qui ne sont pas conçues pour eux.

 Pour le Dr Roy, il est urgent d'agir. «Il faudra qu'on y mette l'énergie nécessaire sinon -- et là, ce n'est pas une position que l'on veut soutenir -- on devra se demander quel message le gouvernement envoie à la population : l'euthanasie ?»

 Prenant la balle au vol, le défenseur d'un mourir digne, Yves Bureau rappelle que la mort à domicile est la première exigence en matière de fin de vie. Ce qui ne veut pas dire qu'on doive négliger les unités spécialisées pour autant, croit l'auteur de Ma mort, Ma dignité.

 «Mourir est un état qui nécessite des soins précis, à l'urgence ou sur les étages, on est là pour sauver la vie. Nous avons besoins de lieux spécifiques pour mourir, sinon, nous ouvrons la porte au suicide ou à une mort indigne à l'urgence», conclut-il. Le Devoir 20040211

Quality of Life- Bruxelles – Février 2005

 

 

 

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