Belgique : anonymat ou non : la question n'est pas à l'ordre du jour.
Pratique devenue relativement courante dans de nombreux pays en vue d'une procréation médicalement assistée, le don de gamètes, cellules sexuelles mâles (spermatozoïdes) ou femelles (ovules), est généralement gratuit et anonyme. Alors que certains en font cependant un commerce, via Internet notamment, d'autres prévoient de mettre fin à l'anonymat des donneurs.
Ainsi la Grande-Bretagne va-t-elle soumettre au parlement une nouvelle réglementation qui devrait entrer en vigueur à partir d'avril 2005 et qui ne sera pas rétroactive. Elle stipule que les donneurs de sperme et d'ovules perdront leur anonymat dès ce moment-là, ce qui n'entraînera pour autant aucune obligation légale ou financière par la suite envers les enfants conçus.
A l'âge de 18 ans, les enfants nés en Grande-Bretagne grâce à un don de sperme, d'ovule ou d'embryon pourront donc, s'ils le désirent, connaître le nom de leurs parents biologiques. Un projet gouvernemental qui risque bien de réduire fortement ce type de dons, se sont inquiétés les détracteurs, même si la promesse a été faite par le gouvernement de promouvoir à tout prix cette pratique. Alors qu'une étude vient de démontrer que la qualité du sperme britannique n'est plus ce qu'elle était, une éventuelle pénurie de spermatozoïdes pourrait s'avérer catastrophique pour les cliniques spécialisées dans l'insémination artificielle. Itou pour les dons d'ovules qui font l'objet d'une liste d'attente d'une à deux années.
37000 consultations
Pour justifier cette nouvelle proposition, le gouvernement a consulté deux années durant 37000 personnes conçues après des dons de sperme, d'ovule ou d'embryon. «J'ai écouté ces personnes, explique Melanie Johnson, secrétaire d'Etat à la Santé, elles désirent davantage d'information sur leurs origines génétiques, peut-être pour elles-mêmes, peut-être pour leurs enfants, parce qu'elles sentent que cette information leur appartient», a commenté Mme Johnson, qui espère en outre que cette nouvelle disposition «permettra d'abolir une inégalité de traitement entre les enfants adoptés et ceux conçus avec l'aide d'un donneur. Les intérêts de l'enfant doivent être primordiaux».
La nouvelle a d'ailleurs été chaleureusement accueillie par les avocats des droits de l'enfant. «Les donneurs et donneuses d'ovules ou de sperme se présenteront au grand jour, en sachant que leurs dons permettront à de nouvelles familles de se libérer de l'opprobre du secret», a commenté Elizabeth Wincott, présidente d'une organisation regroupant l'Association britannique de l'adoption et le Réseau de conception par donneurs.
L'anonymat en Belgique
Si l'Europe et la Suède permettent d'ores et déjà aux jeunes adultes de connaître l'identité de leurs parents biologiques, la levée de l'anonymat n'est pas pour l'instant à l'ordre du jour en Belgique. «Le sujet a été abordé sans pour autant entraîner de changement dans la législation belge, nous explique le sénateur Philippe Monfils (MR), nous sommes toujours en faveur de l'anonymat pour une raison relativement simple: à partir du moment où le donneur n'est plus anonyme, se pose évidemment la recherche de paternité. Avec des conséquences pour le donneur qui a fait cet acte, peut-être pour des raisons d'altruisme, mais qui n'a pas forcément envie de se retrouver père vingt ans plus tard. Je suis personnellement pour le maintien de l'anonymat du don de gamètes, car il faut éviter que se tarissent les possibilités d'avoir des enfants pour des couples en difficulté. Quant à la prétendue inégalité avec les enfants adoptés, il y a égalité dans des situations comparables au départ, ce qui n'est pas le cas ici. Cette mesure risque d'entraîner un très sérieux et dangereux manque de donneurs.» www.lalibre.be
Quality of Life - Bruxelles – Février 2004