France : « Les embryons humains prennent la parole ».
Ci-dessous extrait du livre « Au fait, qui suis-je ? » que vient de publier le docteur
Délit de sale gueule - A propos du tri embryonnaire
« Je n’ai vécu que trois jours et je vais disparaître. Je suis né dans un bocal, je vais mourir dans un bocal. Il était environ dix heures ce matin d’avril quand j’ai imaginé de vous laisser ce message, après deux jours d’existence. J’ai demandé à mes frères et sœurs ce qu’ils en pensaient. Les avis étaient partagés car nous n’allions pas avoir le même sort. J’ai donc décidé tout seul, les autres m’ont laissé faire. Nous étions neuf enfants-embryonnaires dans ce même récipient transparent. Ce n’est pas vraiment très confortable cette « boîte de Pétri » comme disent les gens qui nous entourent mais, au moins, nous aurons passé trois jours ensemble.
Il y a du monde en effet autour de nous. Depuis ce matin, j’ai vu passer cinq personnes. Il y a un grand chef qui semble tout décider. Un autre médecin doit être son assistant. Il est nettement plus jeune et sans doute encore peu expérimenté car il interroge fréquemment son chef.
- Monsieur, est-ce que vous pourriez regarder celui-là. Il a l’air assez beau, mais j’ai un doute.
Le grand chef s’installe au microscope, fait quelques réglages et examine l’enfant douteux qui a aujourd’hui six cellules.
- Oui, en effet, la cellule de droite est un peu déformée. Ne faites pas d’économie, jetez-le.
- Oui Monsieur, c’est dommage… Il m’avait paru acceptable.
- Ne retenez que ceux qui vous paraissent n’avoir aucune imperfection. Il faut mettre toutes les chances de notre côté. Vous savez que nous devons publier nos résultats avant la fin de l’année. L’an passé, on était légèrement meilleur qu’à l’hôpital X mais franchement moins bon qu’à Y et Z. Dans l’ensemble, on est en dessous de la moyenne nationale. Alors, pas de quartier ! Ne gardez que les plus beaux.
Cela se passait dans une autre boîte, tandis que nous attendions notre tour. Notre boîte transparente me paraît immense, environ huit centimètres de diamètre. Nous baignons dans cinq millimètres d’un liquide rose dans lequel nous trouvons de quoi manger. Heureusement que nous n’avons pas besoin de nager car, posés au fond, la surface du liquide est à plus de trente fois notre hauteur.
Notre salle d’attente est une étuve, une sorte d’armoire métallique dans laquelle j’ai aperçu d’autres boîtes lorsqu’on nous y a placés. Ça ressemble un peu à un réfrigérateur, sauf qu’il y fait chaud, 37°, comme lorsque nous étions ovules ou spermatozoïdes dans les glandes de nos parents. La porte est vitrée, on suit très bien tout ce qui se passe dans le laboratoire, sauf un coin de paillasse sur le côté, mais les gens n’y vont pas souvent. »
Les autres chapitres : de la pilule du lendemain aux clones humains, passant par le tri embryonnaire et les bébés-médicaments, nos petits descendants vous interrogent avec audace et insistance.