Belgique : les femmes enceintes subissent plus d'examens que recommandés et surtout des amniocentèses
Au cours des cinquante dernières années, la mortalité infantile à la naissance a diminué de manière spectaculaire et cela, grâce à l'amélioration des soins au cours de la grossesse et pendant l'accouchement. Fin 2004, le Centre d'Expertise publiait une recommandation en matière de soins prénataux. Chez une femme en bonne santé, pour une grossesse normale sans complication, des examens réguliers par un spécialiste et quelques tests simples sont suffisants.
L’Agence Intermutualiste (AIM), qui recueille et analyse des données de toutes les mutualités, a étudié la pratique en la matière en Belgique en 2002, donc avant la publication de la recommandation du Centre d'Expertise. L’étude porte sur 23.824 accouchements qui ont eu lieu en milieu hospitalier dans le dernier trimestre de 2002 et qui ont été facturés aux mutualités. Trois aspects du suivi prénatal ont été examinés: les consultations, les analyses de biologie clinique courantes et les examens techniques.
Surmédicalisation et grande variabilité dans les soins prénataux
Consultations.
Dans le cas d'une grossesse normale, la recommandation est de 10 consultations pour une femme enceinte pour la première fois et 7 pour les autres. Dans la pratique, au cours de sa grossesse, une femme consulte 13 fois un gynécologue, un généraliste ou une accoucheuse. Et ce, quel que soit son profil de risque ou le nombre de grossesses.
Les analyses de biologie clinique.
Certains tests sont fréquemment effectués bien que leur utilité n'a pas été démontrée : ainsi le dosage de la
toxoplasmose et du cytomégalovirus (CMV) est respectivement demandé chez 88% et 68% des femmes enceintes. Par contre, d'autres analyses de biologie clinique ne se font pas suffisamment : ainsi, une culture d'urine est effectuée chez seulement 41 % des femmes enceintes, alors que cet examen est recommandé chez toutes les futures mamans. Le recours au dépistage de (hépatite B (75%) et de HN (63%) pourrait lui aussi être amélioré.
Certains tests sont trop souvent répétés. L’examen de toxoplasmose par exemple, qui n'est même pas recommandé, est réalisé quatre fois ou plus, chez 35% des femmes.
L'étude relève des différences de pratique entre les régions. Il y a globalement moins de demandes d'analyses de biologie clinique au cours de la grossesse en Flandre que dans les autres régions du pays. Mais malheureusement ce constat vaut aussi pour des examens qui sont recommandés.
Les examens techniques.
La recommandation est de 2 échographies par grossesse. Mais dans la pratique, 3 échographies sont presque toujours facturées systématiquement comme le prévoit le remboursement Par contre, l'amniocentèse n'est pas à recommander comme examen de routine vu le risque de fausse couche. Il est donc très inquiétant de constater que 15% des femmes enceintes en Wallonie subissent cet examen invasif, 9% en Flandre et 12% à Bruxelles. La cardiotocogaphie, qui donne des informations sur le rythme cardiaque du bébé et l'activité des contractions, n'est pas recommandée systématiquement non plus. Et pourtant, 68% des femmes enceintes en subisse t systématiquement au moins une. Le rapport complet est publié sur le site www.cin-aim.be