France : un documentaire télévisé à sens unique

Publié le par brochier

« Elles ont 3 filles, Giulietta, Luana, et Zelina, qui ont entre 5 et 10 ans. Elles vivent à Paris, avec un gros break et des jouets qui traînent partout. « Elles », ce sont Marie-Laure Picard et Carla Boni, en couple depuis 25 ans et parentes des 3 gamines. Leur histoire déjà longuement narrée dans Libération (le 24 août 1999), fait aujourd’hui l’objet d’un documentaire. On y voit s’exprimer une vingtaine de personnes, des membres de la famille, des enseignantes, des proches. Tous ont soutenu, par des témoignages qu’ils développent ici, la procédure engagée par les 2 femmes devant la justice : une demande d’adoption. Les 3 filles, pourtant furent portées par Marie-Laure et conçues par insémination artificielle, en France pour l’aînée, en Belgique pour les 2 suivantes (nées après 1994 et le vote de la loi bioéthique, qui resserrait l’accès aux procréations assistées, excluant les lesbiennes). Mais Giuletta, Luana, et Zelina, filles de Marie-Laure, n’avaient juridiquement aucune attache avec Carla. D’où l’idée de l’adoption « simple », qui permet à « l’autre parent » (en l’occurrence Carla), d’établir un lien officiel avec les enfants. Seule contrainte spécifique aux couples gays : pour que ce lien en question puisse exister (il a été validé par le tribunal le 27 juin 2001), Marie-Laure, la mère biologique a dû renoncer à son autorité parentale. Histoire de fous ? Non : histoire banale. Le documentaire de Christine François, pas forcément « militant », comme pourraient le craindre les bons esprits, expose juste quelques faits - le plus marquants est que ces familles existent, quoiqu’on en pense. S’il arrivait quelque chose à Marie-Laure, demande Carla, serait-il normal que les filles me soient enlevées ? Avec une énergie incroyable et un bel humour, elles raillent les réactionnaires de tous bords qui pronostiquent, avec l’homoparentalité, la fin de la civilisation, la décadence : « C’est drôle, on avançait les mêmes arguments quand les femmes ont eu le droit de vote, puis quand l’IVG fut autorisé. » Devant la caméra, les amis du couple, en majorité hétérosexuels et parents de jeunes enfants, expliquent avec une belle franchise quelles furent, au début, leurs interrogations face à cette famille d’un autre genre. Quid du manque de père, quid du devenir (forcément homosexuel ?) de ces petites filles. « Ce n’est pas l’absence du père qui peut créer des troubles, c’est le mensonge » dit une amie, elle-même privée de père ; « Il n’y a aucune confusion, ni perte de repère chez ces enfants » affirme leur institutrice ; enfin, remarque une amie, « l’une des 3 filles aurait même un petit copain » soulagement ? A l’arrivée, on retient le visage d’une maman (Marie-Laure) et d’une « mammina » (qui signifie maman en italien, et c’est Carla) qui sont « en perpétuelle recherche » pour bien faire, pour vivre heureuses ; ces pionnières tranquilles (Carla est, depuis novembre 2003, correspondante de l’APGL, l’Association des parents gays et lesbiens) ont déjà réussi leur pari, remarque un ami :  « Dans cette famille, dit-il, l’amour circule avec une belle énergie. » » 19 mars 2004 (Libération) à propos d’un Documentaire de France 2 : Le parcours du combattant d’une famille homoparentale - Jamais sans nos filles.

Avis de l’Alliance des droits de la Vie : tous les poncifs des tenants de l’homoparentalité sont réunis dans ce festival dialectique : mise devant le fait accompli (« inéluctabilité »), protestation face aux contorsions juridiques auxquelles sont contraintes les deux femmes par la situation qu’elles ont pourtant décidée (« ressentiment »), confession « courageuse » des repentis, ridiculisation des arguments contraires et du camp adverse (« isolement »), banalisation de l’histoire, « récupération historique » de l’IVG et du droit de vote des femmes. L’amour comme argument ultime légitimant la démarche utilise le « transfert d’émotion ». Pas un seul regard dans l’autre sens : ni interrogation sur les questions posées par la conception artificielle des fillettes, ni réflexion sérieuse sur la programmation délibérée d’un enfant sans père. Une approche intellectuellement totalitaire qui va jusqu’à nier son caractère militant.

Quality of Life -  Bruxelles – Avril 2004

 

 

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